L’école Sainte Marie

Comme je l’avais annoncé sur ma page Facebook, pour fêter Halloween comme il se doit, je vais publier deux textes horrifiques sur ce blog. Celui d’aujourd’hui a été écrit il y a environ un an et demi, à la suite d’un cauchemar (étonnant pour ceux qui me connaissent, n’est-ce pas ? 😉 ) Pour l’occasion, j’ai remanié l’histoire pour l’améliorer. D’ailleurs, je remercie au passage Lessa pour l’avoir corrigée et pour ses idées d’amélioration 🙂

Bonne lecture !

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L’école Sainte Marie était en réalité un ancien asile qui avait été rénové après avoir été laissé à l’abandon pendant des années. Le travail avait été réellement bien fait, à tel point que quiconque ne connaissant pas l’histoire de ce bâtiment n’aurait pu dire qu’il avait plusieurs siècles.
Ce fut donc en pensant se rendre dans une toute nouvelle école, dont la construction se serait terminée l’année dernière, que Carrie entra à Sainte Marie avec les 29 autres élèves qui composaient sa classe de terminale. Leur professeur les avait amenés ici pour un cours de sciences spécial. Leur école n’avait pu obtenir les fonds pour avoir le matériel nécessaire et le directeur de Sainte Marie avait gentiment accepté de les recevoir dans son établissement et de leur prêter ce dont ils avaient besoin. Ce n’était pas la première fois que ce genre d’échange avait lieu entre les deux écoles depuis le début de l’année. Une classe leur fut attribuée et le cours du professeur Morai put commencer.
La journée défila très rapidement et ce fut de bonne humeur que la classe commença à ranger ses affaires pour repartir à dix-sept heures. Mais, alors que le professeur Morai poussait les plus lents à activer le mouvement, Monsieur Arrin, Directeur de Sainte Marie, frappa à la porte de la salle de classe et entra.
— Monsieur Morai, les enfants, pardonnez-moi de contrarier votre programme, mais je ne peux vous laisser partir maintenant. On vient de m’informer qu’un barrage a cédé à quelques rues d’ici, et avec la pluie qui tombe depuis le début d’après-midi, les routes sont pour la plupart impraticables. Je m’en voudrais qu’il arrive quelque chose à votre expédition sur le chemin du retour.
— Nous comprenons Monsieur le Directeur. Savez-vous quand le trafic sera rétabli ?
— Je n’en ai malheureusement aucune idée. Il faut déjà attendre que la pluie cesse. Et la météo prévoit de fortes averses orageuses jusque tard dans la nuit. Une alerte a été mise en place jusqu’à six heures demain matin.
Suite à cette annonce, le gymnase fut aménagé de sorte à recevoir les matelas d’appoint qui leur avaient été fournis, permettant ainsi à la classe de Carrie et à tous les élèves qui n’avaient pu rentrer chez eux d’y dormir. L’heure de se coucher arriva rapidement et les professeurs disposèrent chacun des élèves pour éviter au maximum les problèmes.
Vers deux heures du matin, alors que la pluie battait encore contre les fenêtres de la salle, Carrie eut une envie pressante. Prenant son téléphone portable, pour s’en servir de lampe torche, elle se dirigea vers la porte qui menait au couloir, essayant de ne réveiller personne sur son passage. Elle passa des portes coupe-feu qui étaient restées ouvertes et s’orienta vers les toilettes les plus proches.
Sur le chemin, elle s’arrêta brusquement et regarda partout autour d’elle. Fronçant les yeux, elle tenta de voir à travers l’obscurité, le flash de son téléphone n’éclairant définitivement pas assez à son goût. Après une minute, ne distinguant rien d’anormal, elle reprit sa route. Il lui semblait pourtant avoir entendu des pas.
Quelques secondes plus tard, elle sursauta et retint de justesse un cri. Le bruit de pas avait repris et était maintenant très proche d’elle. Elle scruta nerveusement les ténèbres. En pointant son faisceau de lumière sur la fenêtre à sa gauche, elle soupira de soulagement. Avec le vent, une branche d’arbre venait frapper le carreau de temps en temps.
Arrivée à destination, Carrie alluma les néons, souhaitant économiser le peu de batterie qui lui restait. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un tout autre lieu que celui qu’elle avait dans son souvenir. Elle était pourtant persuadée d’avoir pris le bon chemin et d’avoir ouvert la bonne porte.
D’un côté de la pièce se trouvait une douche sur deux à la place des quatres cabines de toilettes, et la même chose de l’autre côté en lieu et place des lavabos. Mais ce qui la surprit davantage, ce fut l’état parfaitement déplorable du lieu. La crasse semblait incrustée dans chaque carrelage, chaque joint, au sol comme aux murs. Et c’était sans parler de l’odeur. Elle devinait sans mal les mélanges d’excréments, de vomis, et même de sang par endroits.
Autant dire que son envie de soulager sa vessie s’était subitement envolée. Il était hors de question de ne serait-ce que s’approcher d’une cuvette aussi sale.
Elle entendit du bruit derrière elle et s’éloigna de la porte juste à temps pour éviter de recevoir un coup. Elle retint alors un nouveau haut-le-coeur en voyant un homme entrer. Le fait qu’il s’agissait d’un homme, alors qu’elle était sûre d’être entrée dans les toilettes des filles, n’était pas vraiment le problème en soi. Du moins, pas celui qui accaparait toutes ses pensées sur le moment. Non, ce qui la choquait, c’était plutôt l’aspect de cet homme : il semblait avoir été torturé. Sa peau était brûlée par endroits, il avait des plaies suintantes, ou encore des morceaux de chair qui pendaient misérablement dans le vide. Comment pouvait-on être aussi stoïque en présentant de telles blessures ? se demanda Carrie. Comment on pouvait-on même être encore en vie.
Elle ne bougea pas, et l’homme ne sembla pas la remarquer. Il en fut de même pour les personnes qui entrèrent à leur tour, un autre homme et deux femmes, tous trois plus ou moins en aussi mauvais état que le premier.
N’en pouvant plus de cette vision, Carrie retrouva enfin l’usage de ses jambes et se précipita vers la sortie. Une lumière blafarde éclairait le couloir sombre. Elle vit une femme habillée d’une robe bleue et blanche guider des enfants. Ils prenaient la direction du gymnase, elle décida donc de les suivre.
Dès qu’elle avança, elle entendit à nouveau des pas. Jetant un œil aux fenêtres, son cœur rata un battement en constatant qu’il n’y avait aucune branche qui tapait dans une vitre. Le son se rapprochait lentement mais sûrement, lui permettant d’entendre de plus en plus distinctement le pas lourd qui la suivait. Elle ne voulut pas se retourner pour voir ce que c’était et préféra se mettre à courir pour rattraper le groupe. Mais, alors que ce dernier passait les portes coupe-feu, celles-ci se refermèrent brusquement. Carrie tenta de les pousser, mais elles ne bougeaient pas. Elle y mit tout son poids, poussa de toutes ses forces, sans succès.
Elle entendait la chose derrière elle approcher de plus en plus et elle commença à paniquer. Elle se mit à frapper sur la porte, hurlant dans l’espoir de réveiller un professeur ou un élève. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues, sa poitrine se serra, sa respiration devint laborieuse. Dans un dernier espoir, elle voulut appeler une amie de sa classe avec son téléphone. Mais l’écran afficha un “batterie faible”, puis un “au revoir”, avant de s’éteindre. Jurant, elle se remit désespérément à donner des coups dans le battant, essayant de faire le plus de bruit possible.
Et puis elle entendit enfin une voix qui lui était familière. Il lui semblait que c’était celle de Mickaël, un garçon blond qui prenait le bus à l’arrêt suivant le sien et avec qui elle discutait de temps en temps. Mais cela lui semblait tellement loin, contrairement à cette chose qui était de plus en plus proche d’elle. Elle ne pouvait pas croire que ces râles et grognements sourds puissent venir d’un être humain.
Elle sentit un souffle chaud dans sa nuque et quelque chose toucha son épaule. Elle cria de plus belle en fermant les yeux, priant intérieurement de ne pas souffrir.
— Carrie ! Carrie, réveille-toi !
La jeune fille ouvrit les yeux et la première chose qu’elle vit fut le regard bleu de Mickaël, ses cheveux blonds lui tombant légèrement devant les yeux, et son visage qui semblait inquiet.
— Est-ce que ça va ?
Carrie regarda par la fenêtre. Il faisait jour et la pluie avait cessé pour laisser place à un timide soleil.
— Euh oui, je crois. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Le professeur était en train de réveiller tout le monde, mais tu ne réagissais pas. Il est parti régler les préparatifs pour notre départ et m’a chargé de te réveiller. Quand je me suis approché, j’ai remarqué que tu avais un sommeil très agité. Et quand j’ai posé ma main sur ton épaule pour te secouer, tu t’es mise à crier.
— Oh ! Je suis désolée. Je crois que j’ai fait un cauchemar…
Un quart d’heure plus tard, tous les élèves et leur professeur étaient dans le bus de retour. Carrie s’était installée côté fenêtre. Juste au moment où le chauffeur mettait le contact, elle leva les yeux vers l’une des fenêtres du gymnase où ils avaient passé la nuit et vit une femme dans une robe bleue et blanche, entourée d’enfants, qui la regardait. Son cœur rata un battement et ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle crut voir également les hommes et femmes partiellement décharnés qu’elle avait croisés dans les toilettes. Mais le bus venait de démarrer et elle ne put être sûre de ce qu’elle avait vu. Elle espérait fortement que ce n’était qu’un reste de la peur due à son cauchemar.

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