Nouvelle de janvier : Les Deltas

J’ai l’intention de vous offrir ici, chaque mois, la nouvelle du mois correspondant que j’ai écrite l’année dernière pour l’Académie de l’Imaginaire. Je pensais le faire le 20. Malheureusement, je n’ai vraiment pas eu le temps de m’en occuper vendredi. Je tenterai de faire mieux en février 🙂

Pour le mois de janvier, voici ce que nous devions faire :
Janvier
C’est là que tout commence. Nous attendons une nouvelle de 20.000 signes (plus ou moins 10%) qui inclus les deux premières phrases de votre roman préféré. Peu importe la manière dont ces deux premières phrases sont intégrées à l’histoire, elles doivent être soulignées et la référence du roman nous être communiquée à la fin du texte.
Longueur : 20.000 signes
Genre : Tout le champ de l’Imaginaire.
Critère : Présence des deux phrases soulignées et de la référence romanesque à la fin du texte.
Date de réception : 20 janvier 2016

Je vous laisse donc découvrir « Les Deltas » et vous retrouve à la fin pour vous expliquer mes choix 🙂

deltas

La rue dans laquelle habitait Olivia n’était pas une rue très fréquentée habituellement. Mais aux heures de pointe, elle devenait vite encombrée. Elle pouvait dire merci au maire qui avait fait installer un feu de signalisation deux ans auparavant. Loin de fluidifier la circulation, il ralentissait les voitures, énervait les conducteurs et était finalement source de nombreux accidents. À trop vouloir faire ralentir les automobilistes, voilà qu’on créait des enragés du volant.
Ce matin-là n’était pas différent des autres. La jeune femme de vingt-trois ans s’était préparée comme tous les jours. Elle avait attaché ses cheveux blonds mi-longs. Puis, elle avait enfilé sa veste pour sortir dans la fraîcheur matinale de ce mois d’avril. Son travail était à quelques rues d’ici. Alors, quand il ne faisait pas trop mauvais, elle s’y rendait à pied.
Le feu venant de passer au vert pour les voitures, elle attendait de pouvoir traverser.
— Attention !
Un cri venant du trottoir d’en face attira son attention. Il lui fallut moins d’une seconde pour comprendre ce qu’il se passait : un jeune homme venait de passer à côté d’elle et était en train de traverser. Trop absorbé par son téléphone, il n’avait pas vu qu’un camion arrivait. Au cri, il avait relevé le nez de son écran pour en chercher la source, mais c’était déjà trop tard. Inutile d’être médium pour deviner que le véhicule ne saurait pas s’arrêter à temps. Les chances de survie de l’imprudent étaient proches du zéro. Sauf si Olivia agissait. C’était risqué, mais elle ne pouvait pas se résoudre à laisser mourir quelqu’un sous ses yeux alors qu’elle était en mesure de lui sauver la vie.
La jeune femme fit donc la seule chose qui lui semblait logique en cet instant : utiliser son pouvoir. Elle fit d’abord mine d’attraper le jeune étourdi pour donner le change aux témoins de la scène. Puis, elle se concentra et, d’un mouvement du poignet, l’envoya voler sur le trottoir par la pensée. Malheureusement, Olivia y avait mis plus de force que prévu. Il avait fini sa course dans le poteau du feu tricolore. Son épaule fit alors entendre un craquement sinistre, tandis qu’un cri de douleur traversait ses lèvres. Un crissement de pneus retentit et des exclamations s’élevèrent à proximité.
Le chauffeur sortit de son camion et se précipita vers le jeune homme un peu sonné. Celui-ci se tenait l’épaule en grimaçant de douleur et regardait Olivia de ses iris noisette.
— Monsieur, ça va ? Qu’est-ce qui vous a pris de traverser ? J’aurais pu vous tuer !
Une foule commençait à s’attrouper autour d’eux. Voilà qui n’était pas bon signe. Elle ne pouvait pas se faire repérer maintenant. Pas après tous ses efforts pour rester cachée. Elle devait partir, et vite.
Mais alors qu’Olivia tournait les talons, la voix de celui qu’elle venait de sauver l’arrêta.
— Attendez ! Ne partez pas ! Vous m’avez sauvé la vie, lui dit-il.
Il s’était relevé et lui avait attrapé le bras, malgré son épaule visiblement démise.
— Vous vous trompez. Je n’ai rien fait.
— Alors, comment expliquez-vous que je me sois retrouvé contre ce poteau ? Si ce n’était pas vous, c’était le vent, peut-être ?
— Ne dites pas de bêtise.
La conversation devenait gênante. Il y avait peu de chance que les gens le prennent au sérieux. Mais cela pourrait éveiller les soupçons d’une personne au courant de l’existence des Deltas.
— Vous êtes blessé, je vais vous soigner, reprit-elle. Venez avec moi.
Assurant les passants qu’elle allait s’occuper de lui et qu’il n’avait rien de grave, elle l’emmena chez elle. Après avoir déverrouillé la porte d’entrée, elle invita le brun à entrer.
— Vous accueillez souvent des étrangers chez vous, comme ça ?
— Seulement quand c’est nécessaire. Maintenant, entrez. Le salon est par-là. Enlevez votre veste et asseyez-vous sur le canapé.
— Directe, en plus, s’amusa-t-il.
Quelques minutes plus tard, l’épaule était remise et Olivia vérifiait qu’il n’y avait aucune autre blessure, notamment à la tête. Il aurait probablement une bosse à l’arrière du crâne et un bleu sur le bras.
— Je m’appelle Adrien. Puis-je connaître le nom de ma sauveuse ?
— Cessez de dire que je vous ai sauvé.
— C’est pourtant la vérité.
— Les choses se sont passées très vite. Je pense que votre tête a pris un coup. Vous n’avez plus les idées claires. Et un peu d’adrénaline peut faire passer n’importe qui pour un héros.
Adrien attrapa une nouvelle fois le bras d’Olivia, ce qui la força à le regarder dans les yeux, marron contre bleu.
— La fausse modestie est un défaut, on ne vous l’a jamais dit ?
— Ce n’est pas de la fausse modestie.
— Alors, de quoi avez-vous peur ?
Son invité s’était beaucoup rapproché. Trop sans doute. Elle pouvait presque compter les poils de sa barbe de trois jours et sentir son parfum à chaque inspiration. Il était plutôt séduisant avec ses cheveux courts mal coiffés. Mais elle ne devait pas s’attacher à lui. C’était trop dangereux. Pour lui, comme pour elle. Alors, peut-être que si elle lui disait son nom, il la laisserait tranquille.
— Olivia.
Rompant le charme, elle se leva, prit une boîte de Paracétamol et la tendit à Adrien.
— Prenez ça et rentrez chez vous. Vous devriez vous reposer.
— Vous n’allez donc pas m’expliquer comment vous avez fait pour me tirer sur le trottoir sans même me toucher ?
— Il n’y a rien à expliquer. Vous divaguez.
Loin de se laisser démonter, Adrien se leva à son tour et se rapprocha à nouveau d’Olivia.
— Très bien. On va dire que vous avez raison et que j’ai imaginé des choses. Est-ce que je peux au moins vous inviter à dîner pour vous remercier ?
L’instinct de la blonde lui disait que ce n’était pas prudent. Mais, après tout, elle n’était pas sortie avec quelqu’un depuis longtemps. Et ce n’était qu’un dîner. Que risquait-elle ?
— D’accord, finit-elle par répondre.
À dix-neuf heures, ils se retrouvèrent, comme convenu, devant un restaurant choisi par la jeune femme. Elle préférait être en territoire connu. Une fois assis à la table, ce fut lui qui engagea la discussion.
— Peut-être qu’on pourrait se tutoyer ? Après tout, on doit avoir à peu près le même âge.
Olivia accepta et la conversation débuta doucement. Elle lui apprit être graphiste pour une agence de publicité, et Adrien lui révéla qu’il était serveur le soir pour payer ses études de cuisine. Le reste du repas se déroula dans la bonne humeur et la soirée passa trop vite au goût d’Olivia. Mais avant de se quitter, le brun lui proposa d’échanger leurs numéros de téléphone. Il lui promit également de lui faire goûter une de ses spécialités culinaires.
Plusieurs jours passèrent, et les messages se multiplièrent rapidement. Adrien invita la jeune femme à déjeuner un midi pour tenir sa promesse. Elle hésita un peu, n’étant jamais très à l’aise chez les autres, mais se décida finalement à accepter.
Comme convenu, la blonde sonna à la porte d’Adrien à midi trente. Ce dernier l’invita à entrer et à se mettre à l’aise. Lorsqu’elle put goûter à son poulet au gingembre, elle dut avouer qu’elle avait affaire à un fin cordon bleu. Mais l’ambiance se refroidit soudainement lorsque le brun posa la question qui rendait Olivia nerveuse.
— Tu vas penser que je suis trop borné, commenca-t-il en posant une tasse de thé devant elle. Mais j’aimerais vraiment comprendre comment tu as fait pour me sauver de ce camion.
— Je te l’ai déjà dit, tu…
— “Divagues, je n’ai rien fait, l’adrénaline peut faire passer n’importe qui pour un héros”, je sais, coupa-t-il. Mais tu ne m’as même pas touché, Olivia ! Alors, comment as-tu fait ? C’était quoi ? Un truc genre télékinésie, comme on peut en voir dans les séries télé ?
Olivia ne répondit pas et se contenta de garder les yeux fixés sur sa tasse. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant qu’Adrien ne pose sa main sur la sienne et reprenne :
— De quoi as-tu peur, Olivia ? Je ne vais pas me moquer ou penser que tu es folle.
— Si ça ne pouvait être que ça, répondit-elle enfin en relevant la tête pour le regarder avec un petit sourire. Tu es sûr de vouloir savoir ? Tu ne pourras plus revenir en arrière, ensuite.
Malgré son ton et son expression très sérieuse, le jeune homme acquiesça et attendit l’explication qu’il avait tant désirée. Mais au lieu de mots, Olivia leva une main et fit un mouvement de poignet. La bouteille d’eau s’ouvrit, s’éleva légèrement dans les airs et versa un peu de son contenu dans la tasse de la jeune femme. Adrien resta quelques instants estomaqué par cette scène avant de demander :
— Comment tu as fait ça ?
— Je suis une Delta.
— Une Delta ? Qu’est-ce que c’est ?
— Pour faire simple, on peut diviser l’évolution de l’humanité en quatre grandes parties : les primates, les Néendertaliens, les Homosapiens et… les mutants. Les premiers sont nos plus vieux ancêtres les singes, si tu préfères. On les appelle les Alphas. Ensuite, ce sont les Bêtas. Puis, il y a les gens comme toi, les Gammas. Et enfin, ceux comme moi, les Deltas.
— Donc, tu es une mutante ? Et il y en a d’autres comme toi ? Ça veut dire quoi exactement ? Vous pouvez tous faire voler des objets ?
— Non, nous avons chacun une aptitude qui nous est propre et qui se déclare à la puberté.
— C’est super ! Pourquoi les gens voudraient vous tuer ?
— Parce que tout le monde n’est pas aussi enthousiaste que toi. La plupart des Gammas au courant de notre existence sont des extrémistes qui veulent nous enfermer, nous disséquer et découvrir le secret de notre évolution.
— Tout ça pour avoir vos… pouvoirs ?
— Pas seulement. Nous avons aussi un système immunitaire beaucoup plus développé. Nous ne sommes pratiquement jamais malades. Et, jusqu’à présent, sur les quelques milliers de Deltas recensés, aucun n’a été touché par une maladie grave, comme le cancer ou le VIH.
— Donc, c’est dans un but scientifique, pour éradiquer ces maladies mortelles ? Ce serait une bonne chose.
— Pas avec la torture, répondit Olivia avec plus d’agressivité qu’elle ne l’aurait voulu. Ils font des expériences sur les Deltas pour voir jusqu’à quel point nous sommes résistants.
Son téléphone sonna à ce moment-là. Elle se mit donc légèrement à l’écart pour répondre avant de revenir quelques minutes plus tard, la mine grave.
— Que se passe-t-il ? demanda Adrien.
Olivia hésita quelques instants avant de répondre. Devrait-elle vraiment l’impliquer jusque-là dans sa vie ? Mais devant son air inquiet, elle finit par se résoudre à répondre.
— C’était Luc. C’est un Delta. Un Delta extrémiste, pour être exacte.
— Extrémiste ? C’est-à-dire ?
— Il pense que les Deltas sont supérieurs aux Gammas.
— Et quel est le problème ?
— Il pense avoir trouvé qui est à la tête de toute l’opération visant à nous trouver, nous capturer et mener des expériences sur nous. Il m’a dit que ce type avait rendez-vous avec le Premier Ministre demain soir. Il voudrait que je l’aide à le neutraliser.
— Le Premier Ministre ? s’étonna Adrien. Notre Premier Ministre ?
— Oui, pourquoi ?
— Parce que c’est mon père.
Suite à cette révélation, s’en suivit un long débat pour déterminer si le père d’Adrien pouvait vraiment ignorer l’existence des Deltas comme l’affirmait son fils, et si Olivia devrait participer à la mission du lendemain. Une heure plus tard, la blonde rappela Luc pour lui confirmer son soutien. Ils se mirent d’accord sur le lieu de rendez-vous et ce qu’ils feraient une fois sur place. Adrien viendrait aussi. S’il s’avérait que le Premier Ministre était de mèche avec ceux qui les traquaient, il serait leur porte de sortie. Cela ne plaisait pas beaucoup à Olivia, mais le brun lui avait assuré qu’il était d’accord avec ça. Il ne souhaitait pas être associé à son père si celui-ci était complice de cette machination.
La soirée se poursuivit dans l’inquiétude de ce qui arriverait le lendemain. Quant à la journée suivante, l’ambiance fut plutôt tendue jusqu’à l’heure du rendez-vous.

oOoOo

Il était près de minuit et le Premier Ministre, assis seul dans son bureau, lisait un long rapport dont les mots lui traversaient l’esprit sans qu’il parvienne à en saisir le moindre sens. Il attendait un coup de téléphone du président d’un pays lointain en se demandant à quel moment ce satané personnage allait enfin l’appeler ; si on ajoutait à cela la longue semaine, épuisante et difficile, qu’il venait de passer, il ne restait plus guère de place dans sa tête pour songer à autre chose. En effet, les enlèvements se faisaient de plus en plus nombreux, et cela augmentait le nombre de plaintes et de manifestations dans les rues. Et il ne trouvait pas de solution pour régler cela.
Alors qu’il allait finalement rentrer chez lui, décidant que l’appel ne viendrait plus, deux coups furent frappés à sa porte. Il resta un moment interdit, s’étonnant que quelqu’un d’autre que lui soit encore dans les locaux à cette heure si tardive. Après une brève hésitation, il invita finalement la personne à entrer. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir la tête pensante de tous ces évènements qui lui causaient tant de problèmes.
— Armand, que fais-tu ici ? demanda-t-il.
— On dirait que tu n’es pas content de me voir, Martin. Attention, je vais me vexer.
— Je serais peut-être plus heureux de cette visite si seulement tu étais un peu plus discret. Tu te rends compte du bazar que tu mets ?
— Allons, ne sois pas aussi rabat-joie. Tu es bien content quand j’en ramène un dans les labos et qu’on en apprend plus sur eux. Tu sais qu’ils sont de plus en plus difficiles à dénicher. Je dois utiliser de plus gros moyens pour mettre la main dessus. D’ailleurs, nous sommes justement là pour ça.
Un jeune homme blond, au visage fermé et aux yeux bleu brillants de détermination, entra au même moment.
— Quoi ? De quoi parles-tu ? Et qui est donc ce garçon ? demanda-t-il en désignant le nouvel arrivant.

oOoOo

Pendant ce temps, Olivia et Adrien attendaient l’arrivée des autres Deltas dans une rue adjacente. La jeune femme essaya pour la dixième fois de joindre Luc, sans succès.
— Il ne répond toujours pas. Qu’est-ce qu’on fait ?
— Les bureaux sont vides à cette heure-ci, fit Adrien. On pourrait quand même monter et voir ce qu’il se passe là-haut. Je suis sûr que mon père n’y est pour rien dans tout ça. Il pourra peut-être nous fournir une explication. Et pourquoi pas vous protéger, toi et les autres Deltas !
— C’est un personnage public avec beaucoup d’influence. Il pourrait effectivement nous aider s’il est hors de cause. Mais nous ne sommes que deux. Je trouve ça quand même risqué.
— Eux aussi ne seront que deux : mon père et le type qu’il doit voir.
— Et s’il était venu avec ses hommes ?
— Pourquoi aurait-il fait ça ? Nous sommes en pleine nuit. Il ne s’attend sûrement pas à ce que quelqu’un débarque. Et puis, si ça tourne mal, tu lui envoies un objet en pleine tête et on s’enfuit.
Olivia n’était pas convaincue. Mais en voyant l’ai confiant d’Adrien, elle se décida et se dirigea vers l’entrée. Le jeune homme l’arrêta alors, la retourna et scella leurs lèvres. Ce baiser ressemblait presque à un adieu. Il était rempli de désespoir et donnait l’impression que ce serait le dernier qu’ils échangeraient.
— Désolé, fit-il en s’éloignant. C’était une impulsion.
— Inutile de t’excuser. J’en avais envie aussi.
Après un moment de silence un peu gêné, ils pénétrèrent finalement dans le bâtiment et gravirent les quelques étages qui les séparaient du bureau du Premier Ministre. Arrivés à destination, ils s’arrêtèrent et Olivia colla son oreille à la porte, essayant d’écouter ce qu’il se passait de l’autre côté.
— Je n’entends rien, chuchota-t-elle.
— On arrive peut-être trop tard, lui répondit Adrien. On n’a qu’à entrer. Nous serons fixés.
Prudemment, il tourna la poignée et ouvrit la porte. Deux hommes dans la quarantaine et aux cheveux grisonnants se tenaient près du bureau. Olivia reconnut le Premier Ministre, mais n’eut pas le temps d’analyser davantage la situation. À peine avait-elle passé la porte qu’une forte décharge électrique lui parcourut le corps. Elle s’effondra au sol, incapable de se relever, ni même de se concentrer suffisamment pour utiliser son pouvoir. Elle n’aurait su dire si ce qui l’avait le plus surprise était le coup de taser en lui-même ou le fait qu’il vienne d’Adrien.
L’homme qu’elle ne connaissait pas se pencha au-dessus d’elle avec un sourire peu rassurant.
— Tu dois être Olivia, j’imagine ? La télékinésiste. Je suis Armand Dussaire. Mais je crois que je n’ai pas besoin de plus me présenter, n’est-ce pas ?
Olivia voulut parler, mais sa voix resta bloquée dans sa gorge. Elle tourna alors son regard vers Adrien. Celui-ci sembla alors préférer détourner le sien.
— Au cas où tu ne l’aurais pas compris, ce beau garçon t’a trompée. Il t’a manipulée pour que tu te retrouves ici, ce soir, en position de faiblesse. Il fait partie de mes hommes.
— Je ne travaille pas pour vous. Je l’ai fait pour ma mère. Je suis désolé, Olivia, finit le brun sans même la regarder.
Armand balaya cette affirmation de la main. Deux hommes, tout de noir vêtus et dont le visage était presque entièrement caché, s’approchèrent. Chacun lui saisit un bras et ils la relevèrent sans aucune douceur. Elle était incapable de tenir sur ses jambes. S’ils la lâchaient, elle tomberait face contre terre à n’en pas douter. L’angoisse montait en elle vivement, et ce sentiment atteignit son apogée lorsqu’elle remarqua Luc dans un coin de la pièce. Ses longs cheveux blonds le rendaient facilement reconnaissable. L’horreur se lut dans ses yeux lorsque celle-ci la submergea.
— Ah oui, s’amusa Armand en suivant son regard. Luc aussi travaille pour moi. Il a compris ce qui était le mieux pour lui. D’ailleurs, si tu pouvais faire ton travail. Je n’ai pas toute la nuit.
Le blond s’avança. Elle connaissait son pouvoir. Elle savait ce qu’il allait faire. Dans un dernier effort, elle parvint à murmurer un “pourquoi ?”.
— Parce que j’ai choisi de vivre, répondit-il avant de poser sa main sur la nuque de la jeune femme.
La seconde suivante, elle était plongée dans un profond sommeil, en proie à des cauchemars dont il lui était impossible de se sortir.
Lorsqu’elle se réveilla plusieurs heures plus tard, elle ouvrit les yeux sur une petite pièce aux murs et au sol immaculés. Elle portait également un pantalon et un grand t-shirt blanc à manches longues. Celles-ci étaient attachées entre elle dans son dos, comme une camisole, l’empêchant d’utiliser ses pouvoirs. Elle se releva avec difficulté et grogna à cause de la douleur qui lui enserrait la tête. C’était malheureusement l’effet secondaire le plus désagréable du pouvoir de Luc. L’autre étant que son sommeil artificiel offrait plus facilement des cauchemars que de simples rêves.
La porte s’ouvrit et Adrien entra.
— Qu’est-ce que tu fais là, sale traître ? demanda-t-elle avec toute la hargne dont elle était capable dans une telle situation.
— Je voulais t’expliquer. Que tu comprennes pourquoi j’ai fait tout ça.
— Tu perds ton temps. Rien ne peut justifier de sacrifier des personnes innocentes, uniquement parce qu’elles sont un peu différentes.
— Un peu ? Olivia, tu ne te rends pas compte ! Si on trouve ce qui vous immunise des maladies telles que le cancer ou le Sida, on pourra sauver des millions de personnes ! Dont ma mère.
— C’est donc pour ça. Tu voulais sauver ta mère. Et pour toi, ça justifie de torturer des gens ?
— Armand me donnera le vaccin dès qu’il l’aura trouvé. Ne ferais-tu pas pareil à ma place ?
— Non. Parce que je ne serais plus capable de regarder ma mère en face en ayant du sang sur les mains.
— Moi, au moins, je ne vends pas les miens pour sauver ma peau.
— Tu parles de Luc ? Je ne comprends même pas qu’il ait pu ainsi renier ses idéaux et vendre son âme au Diable.
— Armand lui a injecté une puce quand il l’a capturé. On peut le retrouver très facilement s’il essaie de fuir. Et s’il tente de l’enlever ou de la désactiver, du cyanure sera libéré dans son organisme. Luc avait le choix entre collaborer, servir de cobaye ou mourir.
— Et ton père ? Quel rôle joue-t-il dans tout ça ?
— Il connaît les grandes lignes. Il sait qui est Armand et quel est son but. Il le couvre aussi, mais rien de plus. Il n’était pas au courant pour cette nuit. Tu sais, tu me plaisais vraiment, continua-t-il après une pause. En d’autres circonstances, je pense que ça aurait pu marcher entre nous.
— Je ne crois pas, non. Tu n’es qu’un menteur. Même dans d’autres circonstances, tu aurais fini par me trahir. Va-t’en. On n’a plus rien à se dire.
— Olivia.
Il tenta de poser sa main sur son épaule, mais elle le repoussa.
— Dégage ! hurla-t-elle.
Elle préféra ignorer les excuses que le brun lui lança à nouveau avant de sortir. Quand la porte se referma dans un claquement sinistre, elle se sentit incroyablement seule. Sa vie était terminée. Elle n’était plus désormais qu’un vulgaire rat de laboratoire.


Certains l’auront donc reconnu : l’extrait vient du livre Harry Potter et le prince de sang mêlé de J. K. Rowling. Pourquoi ce livre ? J’avoue qu’au départ ce n’était pas forcément mon premier choix. J’avais d’abord pensé à Fascination, parce que c’est l’un des premiers livres qui m’ont donné envie de lire. Mais Harry Potter a été la saga qui m’a donné envie d’écrire, vraiment. Et le tome 6 est mon préféré 🙂

Pour les inspirations, bien sûr, c’est un mélange de plusieurs films et séries sur les mutants : X-Men, Mutant X, The Tomorrow People ou encore Alphas (l’idée du titre et donc du nom du groupe de mutants vient de cette dernière, comme on peut s’en douter)

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