Nouvelle de juillet/août : Ce n’est qu’un rêve

Juillet Août
Le temps des vacances. Des grands espaces, de la découverte et de l’aventure. L’académie prend tout le monde à contrepied.
La nouvelle de ces deux mois aura pour thème l’huis-clos ! Et devra faire référence, de près ou de loin, aux blockbusters de l’été, ces films qui envahissent les salles climatisées de mai à août !
Longueur : 20.000 signes
Genre : Thriller Polar
Critère : L’huis-clos et la référence aux blockbusters.
Date de réception : 20 août

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Ce n’était pas la première fois que Cassandra faisait un rêve lucide. Ce genre de rêve où elle savait qu’elle était en train de rêver et où elle pouvait parfois prendre le contrôle de certaines choses de son environnement. Elle était dans les couloirs de ce qui ressemblait à un immense manoir. Et voir une fille traverser un mur était ce qui lui avait mis la puce à l’oreille.
Tandis qu’elle parcourait l’édifice qui semblait pratiquement vide, elle s’arrêta soudain devant une vitrine. Plusieurs photos s’y trouvaient, ainsi que la première page d’un journal. Celui-ci parlait d’un certain Alexis Varcher, télépathe de renom et fondateur de l’Institut pour mutants, destiné à aider ces derniers à maîtriser leurs dons, et montrait un homme d’une trentaine d’années, chauve et s’appuyant sur une béquille.
Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas les pas qui s’approchaient. Quand elle se retourna, elle se retrouva alors le nez contre un torse ferme. En relevant la tête, elle découvrit un homme qui, à l’évidence, passait beaucoup de temps à la salle de sport, avec des cheveux bruns en bataille et une barbe de plusieurs jours qui lui donnaient un air sauvage. Étrangement, bien qu’elle ne se souvenait pas l’avoir déjà vu, elle pouvait dire avec certitude qu’il s’appelait Oliver Wen.
— Euh… Je… Je suis désolée ! fit-elle dans un bégaiement qui accentua le feu de ses joues. Je ne regardais pas où j’allais.
Oliver la fixa un instant avant d’esquisser un faible sourire, de poser sa main sur la tête de la jeune femme et de dire :
— C’est bon, je ne vais pas te manger, Cassie. Ça arrive à tout le monde d’être étourdi.
Et il reprit son chemin comme si de rien n’était. Cassandra resta coite un moment avant de reprendre ses esprits. Bon sang ! L’un des hommes les plus sexy qu’elle ait jamais vu venait de glisser sa main dans ses cheveux ! Et il connaissait son prénom ! Certes, ce n’était qu’un rêve. Mais quand même.
*TUTULUTU TUTULUTU*
Cassandra ouvrit les yeux au son du réveil. Elle sourit en passant la main dans ses courts cheveux noirs. C’était là l’un des meilleurs rêves qu’elle ait fait, même si elle eut vaguement la pensée qu’elle devrait peut-être arrêter les films et séries sur les mutants. D’humeur joyeuse, elle se leva et s’habilla pour entamer cette nouvelle journée. Elle suivait des cours par correspondance. Bien qu’elle habitait au cœur d’une grande ville, elle détestait sortir de chez elle. La foule, le brouhaha des gens qui parlent, très peu pour elle.
La journée passa rapidement et, lorsqu’elle se mit au lit le soir, elle espéra pouvoir continuer son rêve de la nuit précédente. Elle fut donc ravie lorsqu’elle se rendit compte qu’elle était de nouveau à l’Institut des Mutants dont elle avait rêvé la nuit dernière. Elle le fut en revanche bien moins quand elle eut parcouru une bonne partie du manoir sans trouver Oliver. Elle qui aurait tant voulu le revoir, dans un rêve à défaut de pouvoir rencontrer un type pareil dans la réalité, c’était raté pour cette fois.
— Cassie ? Tu tombes bien. Je te cherchais.
La jeune femme se retourna à la voix dans son dos et posa ses yeux sur l’homme chauve qu’elle reconnut immédiatement.
— Professeur Varcher. Pourquoi me cherchiez-vous ?
— Je voulais m’assurer que tu vas bien, répondit-il avec un sourire avenant.
Elle jeta un œil à une femme rousse, qu’elle savait s’appeler Jena Ygre, et qui se tenait près du directeur. Elle aussi lui fit un sourire rassurant qui ne convainquit pas Cassandra.
— Euh… Oui. Oui, bien sûr. Je vais très bien. Mais pourquoi cette question ?
Un malaise ambiant s’installa. Elle ne comprenait pas ce qu’il se passait.
*TUTULUTU TUTULUTU*
Cassandra se réveilla en sursaut. D’un geste rageur, elle éteignit son réveil. La scène de son rêve repassa en boucle dans son esprit pendant qu’elle prenait sa douche. Elle n’était pas vraiment du genre à vouloir absolument connaître la signification d’un rêve. Mais celui-ci lui paraissait particulièrement étrange. Elle finit néanmoins par décider que ce n’était qu’un songe, rien de plus, et se concentra sur ses cours.
Malheureusement, les nuits qui suivirent furent semblables aux deux précédentes. Elle se retrouva à nouveau à l’Institut des Mutants et le directeur lui demanda à chaque fois si elle allait bien. Elle croisa une nouvelle fois Oliver, mais celui-ci se contenta encore d’un faible sourire avant de partir. En fait, elle avait même l’impression qu’il l’évitait. Un comble dans un rêve qu’elle était censée pouvoir contrôler, au moins en partie.
Néanmoins, le plus agaçant était cette difficulté croissante pour se réveiller. Elle entendait son réveil sonner, mais peinait de plus en plus à ouvrir les yeux. L’angoisse de ne pas savoir se réveiller la prochaine fois augmentait de plus en plus. Ça, combiné à la sensation croissante à chaque nouveau rêve d’être épiée et suivie, lui faisait faire des insomnies. Et cela commençait à se faire cruellement ressentir sur sa forme physique. Après une semaine de ce traitement, l’étudiante s’était même surprise à somnoler devant sa série préférée.
À contre cœur, elle décida de prendre un anxiolytique avant d’aller dormir pour l’aider à se détendre. Par chance, il lui en restait d’une précédente prescription.
Pourtant, cette nuit encore, elle se retrouva à arpenter les couloirs de l’Institut. Par hasard, elle passa devant le bureau du Professeur Varcher, dont la porte était entrebâillée, ce qui lui permit d’entendre les bribes d’une conversation.
— Alexis, cela devait être provisoire. Elle commence à se poser des questions.
— Elle n’est pas encore prête, Jena. Le risque de la voir à nouveau sombrer est trop grand.
— Le risque est tout aussi grand, si ce n’est plus, en continuant ce que nous lui faisons. Surtout que nous avons de moins en moins d’emprise sur…
Cassandra n’entendit pas la fin de la phrase. Il lui semblait avoir vu une ombre dans la périphérie de son champ de vision. Elle se retourna vivement et vit comme une tâche de la taille d’une assiette sur le mur. Elle s’approcha et remarqua que c’était une espèce de substance noire et visqueuse.
— Cassie, comment vas-tu aujourd’hui ? fit Jena dans son dos.
Elle se retourna à nouveau dans un sursaut pour regarder les deux mutants qui lui souriaient avec bienveillance.
— C’est quoi, ça ? demanda-t-elle au lieu de répondre en désignant le mur derrière elle.
— De quoi parles-tu ?
— De cette chose sur le mur !
Mais en regardant par dessus son épaule, elle vit que le mur était intact.
— Qu’est-ce que… ?
— Cassie ? Tout va bien ? demanda à son tour Alexis Varcher.
— Pourquoi me posez-vous cette question tous les jours ? Aurais-je des raisons d’aller mal ?
— Non. Bien sûr que non. Je m’inquiète simplement de ton bien-être, comme de celui de tous les pensionnaires.
— De qui parliez-vous tous les deux, à l’instant ? demanda-t-elle finalement après un silence.
*TUTULUTU TUTULUTU*
Comme les jours précédents, malgré le bruit du réveil, Cassandra n’arrivait pas à sortir de son rêve. Elle regarda les deux autres tour à tour, attendant une réponse qui ne vint pas.
Quand elle parvint enfin à se réveiller, elle avait l’impression d’avoir dormi à peine une heure ou deux. L’anxiolytique ne faisait apparemment aucun effet. Peut-être fallait-il attendre quelques jours pour cela.
Nouvelle nuit, nouvelle prise d’anxiolytique et… nouveau rêve dans ce fichu Institut que Cassandra commençait à avoir en horreur. Elle entra dans une salle déserte et décida de s’asseoir et attendre que le temps passe. L’ennui se faisant vite ressentir, elle prit une feuille et un crayon qui traînaient et se mit à griffonner, sans vraiment faire attention à ce qu’elle dessinait. Jusqu’à ce qu’un bruit attire son attention.
Elle se retourna vivement, mais ne vit personne. Pourtant, encore une fois, il lui semblait avoir aperçu une ombre du coin de l’œil. Elle remarqua alors l’armoire au fond de la classe. Un liquide noir en tombait goutte à goutte et quelque chose à l’intérieur semblait gratter.
Lentement, elle se leva et s’en approcha. Alors qu’elle tendait la main et allait atteindre la poignée pour ouvrir la porte de l’armoire, une main se posa sur son épaule. Elle cria, sursauta et fit volte-face tout ça à la fois , et tomba nez à nez avec un garçon. Eric Beg, un jeune mutant capable de geler tout ce qu’il touchait. Comment elle le savait, elle n’en avait toujours aucune idée. Mais elle ne se posait plus vraiment la question. Ce n’était pas ce qui la dérangeait le plus actuellement.
— Désolé, dit-il en levant ses mains gantées, dans un geste apaisant. Je n’avais pas l’intention de te faire peur. Tout va bien ?
Mais bon sang, pourquoi tout le monde lui posait sans arrêt cette foutue question ? Elle préféra l’ignorer et parler plutôt de ce qu’elle avait vu.
— Je crois qu’il y a quelque chose dans cette armoire.
— Comme quoi ?
— Je ne sais pas. J’ai entendu du bruit et quelque chose de noir coule de la porte, regarde.
Au moment où elle prononçait ces paroles, elle regarda à nouveau le meuble. Mais plus rien n’en sortait et il régnait un silence de mort dans la salle.
— Je ne comprends pas. Il y avait un liquide noir qui gouttait au sol, à l’instant. Je l’ai vu !
— C’est bon, Cassie, je te crois. Je vais l’ouvrir, et on va regarder ça.
Eric la fit reculer et ouvrit la porte, prêt à geler tout ce qui pourrait lui sauter dessus. Mais le placard était vide. Il n’y avait absolument rien à l’intérieur. Il se tourna vers la jeune femme avec un sourire indulgent.
— Tu vois, pas de quoi paniquer. Tu dois simplement être fatiguée. Tu as vraiment l’air de l’être, en tout cas.
Cassandra eut un rire sans joie.
— En gros, j’ai une sale gueule, merci. Si seulement j’arrêtais de rêver de cet endroit, je serais bien moins fatiguée, finit-elle en marmonnant.
*TUTULUTU TUTULUTU*
— Et si seulement j’arrivais à me réveiller quand je veux…
Une idée lui traversa alors l’esprit. Elle était dans un rêve lucide. Bien sûr, qu’elle pouvait se réveiller quand elle voulait. Il lui suffisait de provoquer une émotion assez forte pour cela. Laissant en plan le garçon, elle se mit à courir dans les couloirs jusqu’au premier étage où elle tenta d’ouvrir plusieurs fenêtres, sans succès. Ne restait plus qu’une solution : l’escalier. Elle enjamba alors la rambarde.
— Cassie ! Arrête ! Qu’est-ce que tu fais ?
Elle se tourna vers la voix d’Oliver.
— Tiens, tu ne m’évites plus, toi ?
— Je ne t’ai pas évitée. J’ai seulement… une divergence d’opinion.
— Ollie, ce n’est pas le moment de parler de ça, intervint Jena.
Cassandra s’apprêtait à sauter pour se réveiller, mais elle se dit que c’était peut-être l’occasion d’avoir une partie de l’explication.
— Divergence d’opinion à propos de quoi ? demanda-t-elle.
— Ne réponds pas, Oliver. Elle n’est pas en état d’écouter, pour le moment.
— Si vous arrêtiez de trifouiller dans son crâne avec Alexis, elle serait peut-être plus en état.
Trifouiller dans sa tête ? C’était n’importe quoi. L’étudiante lâcha enfin la barrière et sauta dans le vide. Elle entendit un cri alors même qu’elle ouvrait les yeux, ne sachant pas vraiment si c’était le sien, dans le rêve ou dans la réalité, ou celui de quelqu’un d’autre dans son rêve.
Ces songes devenaient de plus en plus flippants. C’était la pensée qui ne cessait de tourner en boucle dans son esprit pendant toute la journée. Et elle redoutait de plus en plus l’heure de se coucher.
À la fin de la journée, elle se dit qu’elle devrait peut-être en parler à quelqu’un. Elle jeta un coup d’œil à l’horloge et vit qu’il était déjà vingt-deux heures passées. Tant pis, sa mère ne dormait probablement pas encore, de toute façon. Elle décrocha son téléphone et composa le numéro qu’elle connaissait par cœur. Mais l’absence totale de son lui indiqua qu’elle n’avait pas de tonalité. Elle prit alors son portable et remarqua qu’elle n’avait plus de batterie. Avec un soupir, elle le brancha et attendit quelques minutes que la machine veuille bien se rallumer. Elle composa à nouveau le numéro de sa mère et mit l’appareil à son oreille. Elle put entendre une première tonalité, puis plus rien. Elle regarda l’écran qui était redevenu noir.
— C’est quoi, ce délire ? T’es toujours branché, pourtant…
À peine eut-elle le temps de prononcer ces mots qu’elle sentit une vive chaleur émaner du téléphone. Elle le lâcha précipitamment, le laissant tomber par terre alors qu’une petite flamme sortait de la coque arrière. Dans un réflexe, elle le débrancha et le tapota avec son pied jusqu’à ce qu’elle soit sûre que le feu ne se raviverait pas.
— Saloperie ! Faut toujours que ça lâche au pire moment.
Préférant laisser l’appareil fumant au sol, Cassandra passa sa main sous l’eau froide. La brûlure était superficielle mais quand même douloureuse.
Deux heures plus tard, sa ligne fixe n’émettait toujours aucune tonalité. Elle commanda alors un nouveau téléphone sur internet, avec une livraison express pour le recevoir le lendemain. Tandis qu’elle appuyait sur le bouton de validation, elle crut sentir une présence derrière elle. Mais en se retournant, elle ne vit personne. Dans un instant de paranoïa, elle passa son appartement au peigne fin pour être sûre qu’elle était bel et bien seule chez elle.
En regardant sous le lit, elle crut voir quelque chose bouger dans la pénombre et une vive douleur la saisit aux yeux. Elle y porta ses mains et s’aperçut qu’elles étaient couvertes de sang. Son cœur s’accéléra sous la panique en sentant quelque chose couler sur ses joues. Elle courut jusqu’à la salle de bain où elle s’examina dans la glace. En dehors de ses cernes violets et des larmes qui en ruisselaient, ses yeux étaient parfaitement normaux. Quant à ses mains, elles étaient immaculées. Aucune trace de sang.
— Tu débloques complètement, ma pauvre Cassie…
Elle décida donc de prendre son cachet et de se coucher – non sans avoir vérifié que son lit était sûr. La soirée avait été déjà bien pourrie. Avec un peu de chance, la nuit serait meilleure et elle se réveillerait le lendemain sans avoir fait aucun rêve.
Mais la chance n’était visiblement pas de la partie. L’étudiante se retrouvait encore à l’Institut des Mutants. Avec un soupir résigné, elle se dirigea au premier étage. Peut-être que si elle se réveillait tout de suite, elle ne retomberait pas dans ce rêve. Comme la dernière fois, elle voulut enjamber la rambarde. Mais deux bras musclés la retinrent et la tirèrent en arrière. Elle eut beau se débattre, la personne qui la tenait refusait de ne serait-ce que desserrer sa prise.
— Cassie, calme-toi, lui intima Oliver.
— Lâche-moi ! hurla la jeune femme.
Elle continua de battre des pieds et d’essayer de griffer les bras. Il lui fallait absolument quitter ce rêve. Elle n’en pouvait plus de cette situation. Mais tout ceci était inutile. Ses pieds ne rencontraient que le vide et, même lorsqu’elle arrivait à blesser l’homme qui la tenait, la peau se cicatrisait presque instantanément. Elle perdait son temps et son énergie. Alors, elle cessa tout à coup de s’agiter, en profitant pour reprendre son souffle.
— C’est bon ? Tu te sens mieux ?
— Ouais…
Autant aller dans le sens du courant, pour le moment.
— Que se passe-t-il ? demanda le directeur, accompagné de Jena, tandis qu’Oliver la relâchait enfin.
— Elle a encore tenté de sauter du haut de l’escalier. Si vous ne lui dites pas, c’est moi qui le fais.
— Me dire quoi ?
— Alexis, nous devons lui dire, fit la rousse en se tournant vers le fondateur de l’Institut. Elle n’est plus réceptive.
— Réceptive à quoi ? demanda la plus jeune, se sentant désagréablement ignorée.
— On ne pourra pas l’empêcher de se blesser indéfiniment, renchérit Oliver.
— Arrêtez de faire comme si je n’étais pas là ! cria l’étudiante.
— Cassie, allons discuter dans mon bureau, proposa enfin le chauve.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les quatre dans le bureau du directeur. La jeune femme s’assit sur un fauteuil en face du Professeur Varcher, tandis que les deux autres restaient en retrait, visiblement prêts à intervenir en cas de besoin.
— Bien, Cassie. Pour commencer, sache que, tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour t’aider.
— M’aider à quoi ?
— À canaliser tes peurs. Nous nous sommes dit que tu serais moins angoissée si tu ne pensais pas être une mutante.
— Attendez… Quoi ?
Elle avait dû mal entendre. Cet homme, sorti tout droit de son imagination et ressemblant à une pâle copie déformée d’un personnage d’une œuvre de fiction, était en train de lui dire qu’elle faisait partie de leur monde. Elle en aurait ri volontiers, si elle ne se sentait pas si prisonnière de ce rêve. Car, oui, elle rêvait. Il n’y avait aucun doute là-dessus.
— Le monde sans mutants, celui que tu penses être la réalité est en fait un rêve. Nous sommes actuellement dans la réalité. Jena et moi-même avons insufflé ces pensées dans ton esprit et altéré tes souvenirs, en pensant que ça te calmerait.
— C’est faux.
Elle n’écouta pas les nouveaux arguments que lui avançait le plus âgé. Ses yeux se posèrent sur un stylo plume. Elle n’eut besoin que d’une fraction de seconde pour se décider et moins de trois secondes pour agir. Elle s’en saisit et le planta de toutes ses forces dans son autre main avant que quiconque n’ait pu réagir. Son cri de douleur résonna entre les murs du bureau, et sans doute en dehors. Des larmes se mirent à dévaler les courbes de ses joues. Elle n’aurait su dire si c’était davantage à cause de la souffrance que lui procurait sa main ou bien de frustration parce qu’elle ne s’était toujours pas réveillée.
Perdue dans son désespoir, elle ne vit pas les trois autres s’affairer à la soigner. Elle n’entendit pas non plus Oliver leur dire qu’il les avait prévenus que c’était une mauvaise idée, déclenchant une dispute. En revanche, de ses yeux brouillés d’eau, elle aperçut parfaitement l’ombre passer brièvement sur sa droite et entendit également très bien le grognement à son oreille. Elle redressa vivement la tête et scruta chaque coin de la pièce.
— Cassie ? l’appela gentiment Alexis Varcher. Tout va bien ?
— C’était quoi ?
— De quoi parles-tu ?
— L’ombre. Vous l’avez vue aussi, n’est-ce pas ? Vous l’avez entendu, même, non ?
Le directeur sortit une feuille d’un tiroir. Elle était majoritairement noircie, avec une partie plus claire en son centre, comme une gueule béante prête à avaler tout ce qui s’en approcherait trop.
— Est-ce de cela que tu parles ?
Cassie eut un frisson. Elle devina que c’était le dessin qu’elle avait fait la nuit précédente. Les trois mutants se regardèrent, la compassion et la pitié lisibles sur leurs traits.
— Je pense que tu as eu assez d’émotions pour aujourd’hui. Oliver va t’accompagner jusqu’à ta chambre pour que tu te reposes.
Cassandra n’eut pas la force de protester. Sans même s’en rendre compte, elle se retrouva allongée dans un lit. La chambre lui était familière sans pour autant qu’elle s’y sente bien. Elle regarda sa main dont le bandage s’était déjà légèrement teinté de rouge. Pourquoi ça n’avait pas marché ? Pourquoi ne s’était-elle pas réveillée ? La douleur permettait de sortir des rêves, habituellement.
Elle se redressa vivement quand elle la vit encore. L’ombre venait de passer dans son champ de vision. Et cette fois, elle ne disparut pas. La forme noire, aux contours flous, était dans un coin de la pièce et semblait sur le point d’engloutir celle-ci d’un instant à l’autre, à l’image du dessin qu’elle avait vu un peu plus tôt. Elle s’étendait de plus en plus, s’approchant dangereusement.
D’un bond, l’étudiante sortit du lit et courut jusqu’à la porte. Mais elle eut beau tourner la poignée, celle-ci refusait de céder.
— Ouvrez-moi ! Laissez-moi sortir ! s’égosilla-t-elle en tapant contre le bois, sans grand succès.
Il faisait désormais très sombre dans la chambre, comme s’il faisait nuit ou que les volets étaient fermés. Elle se retourna et vit que plus de la moitié de la pièce avait déjà disparu dans les ténèbres. Le cœur battant comme jamais, les yeux et les joues noyés de larmes, elle se laissa glisser le long du panneau de bois jusqu’au sol où elle se recroquevilla. Un grognement affamé semblait sortir des entrailles de cette chose informe.
— Réveille-toi. Bon sang, réveille-toi. Allez, il faut que je me réveille. Ça ne peut être qu’un cauchemar.
Elle se répéta ses phrases en boucle pendant un long moment, jusqu’à sentir quelque chose d’humide et froid sur sa jambe. Elle hurla et se débattit de toutes ses forces.
Cassandra ouvrit finalement les yeux et fut soulagée de se retrouver dans sa chambre. Elle observa sa main. Intacte. Elle baissa alors le regard sur sa jambe. Elle avait laissé la fenêtre ouverte parce qu’il faisait chaud et il s’était mis à pleuvoir très fort, des gouttes rentrant dans la pièce et arrosant sa jambe découverte. Elle eut un rire nerveux. Bon sang, ces rêves la rendaient complètement maboule.
Elle se leva avec l’idée d’aller boire un verre d’eau. Mais quelque chose attira son attention sur le côté. En se retournant, elle ne put retenir un nouveau cri de sortir d’entre ses lèvres. L’ombre était là. Prête à l’engloutir, encore une fois. Ses jambes refusèrent de la porter davantage et elle s’écroula sur le parquet. Sa respiration se fit plus difficile à mesure que les ténèbres l’approchaient. Et, avant que celles-ci ne la touchent, elle sentit son cœur rater un battement, puis deux. Elle eut l’impression qu’il était en train de lâcher alors qu’elle priait de toutes ses forces pour que ce soit encore un cauchemar et qu’elle se réveille bientôt. Elle ne savait plus où était la réalité.


Vous l’aurez sans doute deviné. Le blockbuster dont je me suis inspirée est X-Men. Je me suis aussi amusée à reprendre les noms des personnages en les transformant avec le principe des anagrammes pour créer de nouveau noms. Par exemple, Charles Xavier est devenu Alexis Varcher. Je vous laisse le soin de retrouver les autres, sachant que seule Cassandra n’est pas un anagramme 😉

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